Et si on arrêtait de jouer à cel•le•ui qui a le plus gros complexe ?

Une conversation récente sur les complexes avec une jeune fille qui est actrice elle aussi a soulevé ce point : quand tu es un personnage public, tu as intérêt à bien fermer ta mouille. Surtout si ton activité de personnage public implique de mettre ton image en exergue, comme le ferait un•e modèle photo, un•e comédien•ne ou encore un•e athlète, ou même un•e présentat•eur•rice télé. Le fait d’utiliser ton image de façon active passe ici au second plan, ce qui compte, c’est qu’elle soit accessible et que tu aies accepté qu’elle le soit. Et si tu as accepté qu’elle le soit, ça veut dire que tu n’as pas à avoir de complexes. Point-barre. Jamais. C’est fini.

Tant pis pour ta gueule.

Et puis quand on creuse un peu on se rend compte qu’il n’y a pas que les personnalités dites publiques qui se font basher si elles osent mentionner leur mauvais profil, leurs kilos en trop ou manquants ou la texture non-uniforme de leur peau. C’est aussi toute personne correspondant aux normes de beauté de la société dans laquelle elle se trouve.

En résumé, si tu es plutôt mince mais que tu te sens quand même mal dans ta peau, c’est dommage mais tu peux bien aller te faire voir avec tes caprices, et si tu oses formuler le fait que tu te sens trop grosse, on te dira que tu ne respectes pas les gens autour qui ont moins de chance que toi.

Mais c’est quoi, là ? Est-ce qu’on est vraiment en train de créer une échelle de valeurs des douleurs de chacun•e ? Est-ce qu’on va ranger les gens en catégories et leur dire « Toi, oui, tu as raison de te plaindre, viens » et « Ah non, toi tu en fais trop, on ne veut pas de toi dans notre club des complexes » ? Vraiment ? On n’est pas en train de parler d’un problème de santé ou de quelque chose de scientifiquement mesurable, là, on discute de la façon dont chacun•e vit son propre rapport au corps. D’un sentiment, donc par essence subjectif. Et on est en train, tranquillement et sans que personne ne trouve rien à y redire, de créer un monde où on invalide purement et simplement la façon dont certain•e•s vivent leur rapport au corps.

On ne parle pas de la façon dont la société les reçoit, on ne parle pas de leur statut de privilégié•e•s qui n’est plus à démontrer, on parle d’un processus d’auto-dépréciation qui leur est intérieur. On parle de complexes et de rien d’autre. Évidemment que c’est pire de vivre dans un monde où on ne correspond pas à la norme, mais quand on en vient à quelqu’un qui vous dit « Je me sens trop ceci ou pas assez cela », ça reste de la souffrance et cette sensation d’être inadéquat•e mérite d’être combattue quelle que soit la conformation physique de cel•ui•le qui l’exprime.

Parce qu’en réalité vous savez d’où elle vient cette sensation d’être inadéquat•e ? De la société. Eh oui. De l’image parfaite qu’elle nous renvoie et à laquelle on est supposé•e correspondre. Sauf que ce corps de l’industrie de la forme, il n’existe pas. C’est une fiction. Et ce sera toujours une fiction même si vous vous en rapprochez un peu plus que d’autres.

C’est se tromper d’ennemi.

Quand on dit que telle personne n’est pas fondée à avoir des complexes alors que telle autre, oui, ce qu’on fait en réalité c’est légitimer ce mécanisme. C’est dire que oui, en effet, il y a des corps sur lesquels on devrait complexer. Ce n’est pas seulement anti-inclusif, c’est d’une violence inouïe.

Quand quelqu’un raconte quel chemin ielle a parcouru pour arriver à accepter son corps et qu’on le•la headshote d’un « En même temps c’est facile avec ton corps », on nie son histoire et on invalide son sentiment, et c’est violent. Quand quelqu’un exprime son propre rapport au corps et qu’on vient lui expliquer qu’ielle n’a pas à se plaindre parce qu’il y a pire, on rate le sujet. Le sujet, c’est qu’on ne devrait pas parler en termes de pire, on devrait parler de corps différents. On devrait penser les corps de façon horizontale et non verticale (ceci n’est pas une plaisanterie grivoise), et on en est encore à se sectoriser entre nous alors que la totalité d’entre nous se fait manger le cerveau par les normes sociales, indépendamment de la façon dont la société elle-même en remettra une couche dans la vie réelle.

Et si, au lieu de se diviser, on essayait plutôt de se regrouper et de se soutenir ?

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